dimanche 28 août 2016

Sujet du Merc. 31 Aout 2016 : Pourquoi penser ?



                                       Pourquoi penser ?

Nous n’arrêtons pas de penser. Mais le sujet de ce soir n’est pas cette forme de pensée qui se déroule comme la respiration ou le battement du cœur.  Penser, du moins pour les apprentis philosophes que nous sommes, c’est réfléchir, questionner, douter ….

Il y a une sorte de confort à suspendre toute action de réflexion. « Ne pas se prendre la tête », locution à la mode, montre assez bien le niveau de la volonté de ne pas savoir. La paresse intellectuelle. Mais pourquoi ? Il est doux et agréable pour bon nombre de nos concitoyens de ne pas se poser de questions. A force de crier partout que le monde est « complexe », que tout est relatif, qu’une opinion en vaut une autre, pourquoi donc se « casser la tête ».   
Des gourous et des « coachs » de toutes sortes, ont sauté sur ce reniement de la pensée comme source de tracas. Tel  F. Réal qui publie un article qui s’intitule « Le mal du siècle : trop penser », et bien entendu on inverse les valeurs. Et on écrit : « Le « Je pense donc je suis » de Descartes est dépassé lui aussi, car nous pouvons être sans penser. Les deux ne sont pas reliés, car si je vous dis d’arrêter de penser 10 secondes, vous serez d’accord avec moi que vous continuez d’être conscient, peut-être même plus… Vous ne cessez pas d’exister pour autant. Or il y a cette croyance enracinée dans l’inconscient collectif que penser est absolument vital, que « si j’arrête de penser je meurs ».

Et nous voici dans le registre de la « pensée faible ». Tous ces escrocs intellectuels savent bien qu’ils ne peuvent s’attaquer frontalement à la réflexion, à l’analyse ; alors ils modifient la sémantique « nous pouvons être sans penser »- disent-ils  - les arbres, les montagnes et les vaches aussi ! L’intériorité devant quand même pouvoir s’exprimer, leur solution est simple : être conscients de nos pensées : « Nous devons être conscients de nos pensées car nos pensées ont un pouvoir, plus que nous le pensons. Si vous avez constamment peur de perdre votre emploi, vous augmentez réellement la probabilité de vous faire licencier. De même que si vous avez peur de contracter une maladie mortelle ou une affection : plus vous envoyez d’énergie dans cette direction, plus vous avez de chances de donner inconsciemment la permission à votre corps de manifester cette affection. » « Dr » Kelly Neff.

Il y a en effet de quoi avoir peur de penser ? Mais la logique des propos ci-dessus, au-delà de la charlatanerie, porte surtout sur la validation « intellectuelle » de l’homme comme représentation, de l’homme comme monade isolé, de l’homme (individu, pas communauté) comme créateur de sa propre réalité, qui est au fond la seule réalité qui compte ! « nos pensées créent notre réalité avec le temps » scande K. Neff.


La dé-liaison du lien social est la caractéristique de ces points de vue qui, au fond, ne visent qu’à une chose : assujettir certains individus en déviant leur capacité réflexive vers une poignée de nouveaux prêtres agissant pour une multitude de petites religions. Leurs mots d’ordre : « parlez moins, respirez plus, pratiquez la pleine conscience, abandonnez vous à l’univers…. ».
Et il n’y a que sur le terreau pollué d’une pensée faible, ou rendue faible, que peut s’exercer cette emprise.


Et la philosophie dans tout cela ? Si nous devons commencer à répondre à la question  « Pourquoi penser ?» il nous faut au préalable, et de manière indispensable nous pencher sur les travers de l’exercice philosophique au sein du café philo.
Le café philosophique n’échappe pas à la « pensée faible ». Le café philosophique, atelier de philosophie pratique, en dévoile fréquemment le mécanisme.  Le triomphe de « l’opinion » l’emporte souvent sur l’argumentation. « Mettons une chose au clair: toutes les opinions ne sont pas égales. En fait, toutes les opinions ne sont pas vraiment des opinions. Qui que ce soit qui a dit cette absurdité, n’a pas compris le sens de l’éducation. C’est le travail de collecter et évaluer les faits, données, et informations qui valide une opinion donnant à certaines plus de valeur qu’à d’autres ou même en les traitant non plus comme des opinions, mais comme des faits concrets. » D. Deafe - Source: https://fr.sott.net/article/28363-Non-toutes-les-opinions-ne-sont-pas-egales-un-article-d-opinion-sur-les-opinions .

Aussi paradoxal que cela puisse paraître, la pensée faible se  manifeste aussi dans un café philosophique par l’ignorance ou parfois même le mépris des œuvres philosophiques de la part de certains protagonistes. « On fait sa philosophie soi-même », « on n’a pas besoin de Platon ou d’Aristote pour philosopher ». Imaginons un apprenti matheux disant qu’il n’a pas besoin de connaitre les tables de multiplication, ou encore un musicien qui ne voudrait pas apprendre le solfège !

Tous ces personnages qui se vantent de leur ignorance, la revendiquent comme un bienfait, se rendent-ils compte de l’opinion dominante qu’ils véhiculent ? 

«  Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde: je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme...Au-dessus de ceux-là s'élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d'assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort…  il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages ; que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ? ».   A de Tocqueville.

Car l’enjeu du « pourquoi penser ? », objet même de la philosophie, n’est il pas là ? Tous ceux qui on pensé, réfléchi, analyse, douté….avant nous ; n’avaient qu’un but : comprendre. La pensée était leur outil, comme la vue ou l’ouïe…. (et ça s’éduque quoiqu’en pensent certains !). Comprendre COMMENT faire pour lutter contre le malheur, contre l’apparence figée des choses et des institutions, contre la pensé unique (qui a existé à toutes les époques !).

Certes, toutes les philosophies n’ont point été au service des hommes. Beaucoup même ont servi « à voiler les misères de l'époque, le vide spirituel des hommes, la division fondamentale de leur conscience, et cette séparation chaque jour plus angoissante entre leurs pouvoirs et la limite réelle de leur accomplissement….. Elles ne servent   point le Vrai qui n'existe pas, l'Universel qui n'existe pas, l'Eternel qui n'existe pas, mais la lutte contre une indignation et une révolte qui se font jour. Elle sert à détourner les exploités de la contemplation périlleuse pour les exploiteurs de leur dégradation, de leur abaissement. Elle a pour mission de faire accepter un ordre, en le rendant aimable, en lui conférant la noblesse, en lui apportant des justifications…. Elles les dirigent sur des voies de garage où la révolte s'éteindra. Elle sert la classe sociale qui est la cause de toutes les dégradations présentes, la classe même dont les philosophes font partie » P. Nizan . 

Certaines philosophies ont donc collaboré et collaborent encore à cette mystification : BHL, Glüksman, Onfray, Ferry …. Font partie de ces clercs là. « Nous vivons dans un temps où les philosophes s’abstiennent. Ils vivent dans un état de scandaleuse absence. Il existe un scandaleux écart, une scandaleuse distance entre ce qu’énonce la philosophie et ce qui arrive aux hommes en dépit de sa promesse. Il faudra même parler d’abandon de poste, de trahison. » P. Nizan

D’autres ont répondu à l’appel de Démocrite :  « Beaucoup de réflexion et non beaucoup de connaissances, voilà à quoi il faut tendre."  Ceux-là se sont engagés dans une voie ou la pensée ne s’abstrait pas, ou elle ne spécule pas. Ils recherchent la vérité dans les faits.

Pourquoi penser ? D’abord parce que c’est probablement le propre de l’homme et en tout cas c’est ce que nous prouve son évolution, sa confrontation avec la nature et les éléments qui l’ont conduit de l’animalité à l’humanité. Penser comme nous respirons, par nécessité vitale.    
 
 Penser pour être une voix parmi des voix. Et non « la » voix de l’Esprit. Il est ici question d’être utile. Et non de faire l’apôtre. Pour mener à bonne fin des idées, il faut des hommes qui mettent en jeu une force pratique.

lundi 22 août 2016

Sujet du Merc. 25/08 : Pour tout cela : le silence !



                                  Pour tout cela : le silence !

Lorsque l'on évoque l'environnement, la conscience sonore, ou le Silence, dans l'opinion, ces sujets prêtent à sourire... Souvent les clichés lamentables fusent, le quidam défoule ses réflexions basiques. C'est dire le gouffre qui sépare la perception sensible d'une réalité sonore, d'une autre majoritaire qui a peu conscience de sa densité.
« Nous sommes ignorants des causes qui nous habitent » Baruch Spinoza

Pour des oreilles encore subtiles, ne sommes-nous pas plus dérangés par le bruit, souvent imposé, que par le silence (tant que ce silence n'est pas, lui-même, imposé de façon rigide). Certaines oreilles usées par les bruits intempestifs, n'ont que rarement l'intuition de la gravité du problème, pas plus que la conscience du manque d'espaces à la faveur du Silence.
Indispensable pour le repos de nos oreilles, notre oreille interne, toutes ces connexions à vif reliées à notre corps, notre cerveau, notre système nerveux, étudiées depuis – 500 avant j.c, dans la médecine chinoise.

Bien qu'il ne soit pas obligatoirement -absolu-, le Silence ne devrait pourtant pas se justifier. Il est une entité comme une autre concernant les phénomènes acoustiques. « Dans le domaine de l'acoustique, environnementale, on définit le silence comme l'absence du désagrément que causent les sons indésirables ».

Si peu de liens avec cette minute dite « de silence », souvent récupérée autour d'un événement dramatique...
Il est, celui de la distance nécessaire, en attendant...afin de trouver les mots justes, espace à la faveur du temps de réflexion avant d'intervenir, par exemple, au café Philosophique. Deuxième temps du café Philo, afin de réfléchir et proposer un sujet sensé, ses fondements réellement philosophiques. Sujet qui ne se vautre pas dans la démagogie ambiante, ses votes troublés par une séduction facile. Séduction d'intervenants ponctuels qui imaginent prendre en otage, notre espace tel une supposée tribune au service de leur narcissisme...

« Pour le bateau tranquille et qui se meurt de Port. Pour la haine montant du fond de l'habitude.
Pour le regard du chien qui veut te pardonner
Pour le percussionniste attentif à ton cœur. Pour son inattention au bout du cardiogramme
Pour le chic d'une courbe où tu crois t'évader. Pour le chiffre évadé de la calculatrice         
Pour la Légion d'Honneur qui sort de ta matrice. Pour le salaire obscène qu'on ne peut pas montrer
Pour l'homme désarmé devant l'arme qui bouge. Pour ce siècle imprudent aux trois quarts éventé.
Pour tout cela : le silence...» (Léo Ferré) 

Silence, bien sur, provisoire. Silence, afin de prendre du recul concernant la violence d'un monde étranglé par un système plus que malade, ses nombreux « dommages » dits « collatéraux »...
Constats pathétiques, dans ce système aux valeurs devenues -marchandes- tant d'espaces, dont ceux publics, culturels ou naturels, sont plus que menacés...
Qui entend, l'écho sombre, le bruit sourd d'anciennes et « nouvelles » bottes, de différents fascismes. Ceux qui portent atteintes à notre sens critique et nos libertés ?
Qui entend, le bruit si mal isolé, des machines infernales d'un certain nombre d'industries. Industries qui s'exportent partout dans le monde, qui portent atteintes à la santé publique ?.
Qui entend, l'hypocrisie des métonymies ou technopoles, entre autre, de la silicone valey, qui portent atteinte, de façon plus fourbe, encore, à la santé d'un certain nombre de nos contemporains.
Enfants mineurs, exploités à mort, dans les mines de cobalt au Congo (minerais pour batteries d'ordinateur, téléphone portables et autre voiture électrique...). Dans le bruit de leur condition humaine, de leur aliénation, dans le bruit de leurs outils rudimentaires, peuvent-ils entendre encore l'écho de ce Silence ?
Silence plein qui contribue, intérieurement, à la naissance d'une parole ciselée devant la violence de ces faits et réalités, si peu médiatisés...
Celui qui a la chance de ne pas être aliéné, devrait pourtant nourrir cette possibilité de réfléchir. Qu'il ne la saborde pas. Trouver les mots clefs d'une pensée, c'est aussi rester fidèle à ceux désespérés, désemparés. Ces enfants n'ont sans doute pas droit à la parole. Ici par contre, le versant plus que discutable du silence : condamnés à se taire, ils souffrent dans un silence de plomb, couvert par le bruit sourd des bottes évoquées plus bas, silence pour le coup, mortifère comme dans  les camps de concentration.

SILENCE NON IDENTIFIE, TANT LE BRUIT ET LA SURDITÉ ÉTOUFFENT LE SENS.  A MOINS QUE CE SENS DEVIENNE ORDINAIRE.

Pendant, combien de temps allons-nous, prendre l'habitude de nous boucher les oreilles ?
Certes le système a trouvé une bonne partie des solutions pour aliéner l'opinion majoritaire. Concernant les personnes lucides et conscientes, il considère qu'elles ne sont pas dangereuses. Pour « l'entendement » des agents du système, chefs et serviteurs, ces personnes conscientes sont enfermées dans le classement -minoritaire-. Ce système bosse avec tant de moyens, afin que la plupart de nos sens soient altérés ?
Est-ce par hasard, si les autorités en place laissent faire des phénomènes comme l'aliénation aux bruits dans le quotidien des gens, ou dans les campagnes, les rave partys ?.
Concernant l'écoute, une majorité des gens, trop jeunes, moins jeunes, ne deviennent-ils pas de plus en plus sourds ? En effet, une solution de plus, afin d'altérer nos capacités de perception, notamment de la Réalité, loin d'une réalité que le système nous impose en modèle.
Malgré ses trésors naturels, un des poumons importants de la planète, une forêt immense est en danger. Bruits de bulldozers, tronçonneuses, camions qui polluent, travaillent sans relâche à l'abattage de « l'or vert ». En 40 années, 800 000 km2 (une fois et demie la France) de forêt amazonienne, détruits.
Les Populations amazoniennes cultivaient * jusqu'alors, fine écoute et attention concernant leur écosystème, profond respect pour leur environnement. (* il s'agit, en effet, de culture).
Pensées pour ces Indiens d'Amazonie, victimes du viol incessant de leurs espaces ancestraux.
A l'indifférence quasi générale, dans bon nombre de quartiers de villes, villages même, la quiétude, le calme, ne sont plus respectés. Les lois article R. 1334-31 et décrets d'application en date du 31 août 2006, concernant le bruit, ne sont quasiment jamais appliquées, laissant ainsi, tous loisirs, aux nouveaux beaufs, fiers de leur ignorance crasse, d'imposer leurs vulgarités bruyantes et incessantes...
Dans la campagne, dans les forêts ancestrales, réserves naturelles, sur le plateau du Larzac où des petites ordures, petits nazis modernes **, pas même au rang d'apprentis sorciers, ne sont que des installateurs de groupes électrogènes, des diffuseurs obsédés du décibels compressés, du beat porté en devanture, faute d'être réellement créatifs et innovants avec ces outils dits « modernes » ***
Ces violeurs ** de Silence, de quiétude et de calme, organisent leurs rave partys (to rave délirer, s'extasier), sans se soucier, bien évidemment, de l'équilibre profond de notre écosystème, de le faune, des habitants des villages environnants...
Attitudes qui font penser aux méthodes des fascistes, (big brother pourrait s'en réjouir). Seule « nouveauté » leurs sourires pinces à linge à la commissure des lèvres : d'une conformité, finalement totale, avec les buts pitoyables du système que nous subissons.

*** Outils sur lesquels pourtant des compositeurs, dignes de ce nom, travaillent depuis les années 1950 (cf GRM, Pierre Schaeffer, Pierre Henry, Luigi Nono, Bernard Parméggiani, Christian Zanesi...) autres domaines de recherches sur les sons cannelés (gongs, cloches...) : Alain Kremsky... sur le silence, György Ligeti, dans la progression de son œuvre « Lontano », amène progressivement le public vers la possibilité de contempler le Silence...

Même en faculté, qu'en est-il de l'espace de l'écoute, du respect de la parole de l'enseignant ? Le silence, inhérent aux valeurs jusqu'ici considérées dans les bibliothèques, est-il toujours respecté ?...

ESPACES DU SILENCE PLUS QUE MENACES.

Parmi ces espaces en danger : celui du Silence. Silence : « silan, être tranquille, sioul, tranquille », espace de quiétude, intériorité, profondeur, espace où l'on ressent, contemple (de façon simple), où l'on approfondit, étudie aussi les traces d'une mémoire historique, géographique. Traces intenses qui font de nous, intérieurement, individuellement, mais aussi collectivement, des Etres Humains, jusqu'à preuve du contraire, en évolution.
En ce début de XXI ième siècle, un certain nombre d’Êtres Humains ne respectent plus ces espaces.
Combien de familles, sans télévision, sources audio « conformes » au conditionnement ambiant, volume ouvert à fond, sans ordinateur, tablette et jeux vidéos, allumées en permanence ?
Combien de familles, d'enfants jouant encore, quelques fois paisiblement dans leur habitation, « riche » en état de quiétudes, nourrie d'un silence contemplatif (absolument pas austère), quelques livres ouverts ici ou là ? Combien, dans notre région d'exceptions, cultivent-elles encore les aventures et balades exceptionnelles dans la nature ?

CALME ET SILENCE

Qu'en est-il de cette perte d'espaces dont celui du calme et du Silence ? Calme et Silence qui permettent de prendre du recul, de préserver pulsations et fréquences subtiles. Ceux dans les quartiers historiquement anciennement paisibles de nos villes, dans la nature, en bordures de mer, au fond de nos grottes, au fond de nos cœurs et nos poumons, tout ce qui touche au vital, indispensable à la vie.
Espace indispensable afin de mieux retrouver, simplement, notre intériorité sensible, intuitive, cognitive, intelligible. Espace propice aussi aux études, à la réflexion, concernant même une pensée qui précède l'action. L'ouvrage majeur du XVIII ième siècle, des encyclopédistes Diderot et D'Alembert, fût-il approfondi et créé dans le bruit ou dans le calme et le Silence ?

Combien de temps devrons-nous faire l'autruche concernant ces profondes réalités occultées ?
Nécessité vitale d'une certaine élégance, en toutes classes dites « sociales » : pour tout cela : le Silence... Pour tout cela, le Silence, temps de quiétude, indispensable au recul concernant les multiples formes de violences du monde, afin de mieux se « retrouver », nous retrouver, simplement, là où tant de personnes démissionnent, fuient, ne veulent plus approfondir...

mardi 16 août 2016

Sujet du Merc. 17/08 : Le théatre peut-il sauver le monde ?



                      Le théâtre peut-il sauver le monde ?
 
Quelques pistes de réflexions

Une définition du théâtre tout d'abord
L'avant-propos du livre « Le théâtre » de Martine David (Collection Sujets) le définit ainsi :
le théâtre est un art multiforme. Art du verbe et du geste, du temps et de l'espace, du sacré et du profane, du masque et du dévoilement, il appartient à la littérature par ses œuvres dramatiques, au spectacle par ses techniques du jeu et de la scène, à l'histoire par ses rites et ses traditions.

La question posée est « le théâtre peut-il sauver le monde ? »
Si le monde doit être sauvé, il faut déterminer ce qui le menace.

Les dangers sont structurels
De nombreux éléments (la famille, l'éducation, la religion…) peuvent détourner ou distraire les hommes de leur vie.
L'art du théâtre pourrait alors représenter leur salut, car il fait interroger et réagir.
Le théâtre est un dialogue entre les acteurs sur scène mais aussi entre les acteurs et le public. Il est impossible d'assister au théâtre de manière passive.

Les dangers sont conjoncturels
Des civilisations meurent, des espèces animales disparaissent. L'art du théâtre, ici, semble être impuissant.
Pour lutter contre la fin des civilisations, on peut citer les tragédies d'Eschyle. Il y avait des séries de pièces comme l'Orestie constituée de trois tragédies différentes suivies d'une petite comédie qui a été perdue) Dans l'Orestie, Eschyle commence par Agamemnon, la seconde Les choéphores met en scène la vengeance d'Oreste, fisl d'Agamemnon et les Euménides relatent les progrès de l'égalité dans le monde grec.  Eschyle finalement accompagne activement le passage de la Grèce archaïque à la Grèce classique et le théâtre en ce sens à une fonction salvatrice car il s'agit de faire la promotion de principes démocratiques qui font le salut du peuple athénien.

Si le théâtre devait sauver le monde absolument sans se soucier de tout autre chose, ce serait sa perte et il n'est pas sûr de plus qu'il puisse de façon décisive contribuer au salut du monde . "L'enfer est pavé de bonnes intentions". Par contre, si nous voulons sauver le théâtre -chose plus aisée sans doute- , il faut savoir ne pas l'enfermer dans la mission certes noble et grandiose mais plus éthique, politique et religieuse qu'artistique qui consisterait à sauver le monde, sans pour autant fermer la porte à un théâtre engagé et indépendant. Il peut donc apporter sa contribution au salut du monde à condition que ce ne soit pas une impérieuse obligation qui lui serait faite de s'y consacrer.

Citations pour d'autres pistes de réflexion
Epictète
(50 à 125/130 de notre ère), ce philosophe stoïcien écrivait dans le Manuel, XVII :
" Souviens-toi que tu es acteur d'un drame que l'auteur veut tel : court, s'il le veut court; long s'il le veut long ; si c'est un rôle de mendiant qu'il veut pour toi, même celui-là joue-le avec talent ; de même si c'est un rôle de boiteux, de magistrat, de simple particulier. Car ton affaire, c'est de jouer correctement le personnage qui t'a été confié ; quant à le choisir, c'est celle d'un autre."

William Shakespeare
Le monde entier est un théâtre. Et tous, hommes et femmes, n'en sont que les acteurs. Et notre vie durant nous jouons plusieurs rôles.  Citation tirée de l'oeuvre : Comme il vous plaira.


lundi 8 août 2016

Sujet du Mercredi 10/08 : Les sens nous coûtent trop cher.



                                    Les sens nous coûtent trop cher.   
 
Il y a sens et sens. Comme il y a coûter et coûter. Car coûter a au moins deux sens : celui qui indique un payement (cette sono coûte cher) et celui qui relève d'une cause (cette musique hard me coûte ma tranquillité).     
Ayons donc du sens pratique, et même du bon sens : chaque fois que nous prendrons un sens unique, il y aura au moins un double sens. Et quand ça part dans tous les sens ? Sous l'empire des sens, suffit-il d'être sensible ou faut-il, en plus, être sensé ? Nous tenons là une question philosophique essentielle (pour ne pas dire « essencielle ») qui émerge depuis cette polysémie autour même du mot sens, mot dont l'un des sens est censé nous éclairer sur la problématique suivante :

- Notre connaissance n'est-elle possible que par nos sensations ? N'est-elle due qu'à l'empirisme sensualiste ? Ou bien notre intuition sensible n'est-elle pas précédée, à priori dans notre esprit, par un fondement qui organiserait l'expérience et aiderait à la structuration et à la conceptualisation de la représentation du monde qui nous constitue et qui nous entame ?

C'est sans doute parce que nous avons récemment par trop versé dans le sensualisme démagogique et érigé des doctrines vite perverties comme l'hédonisme ou l'épicurisme mal compris, en livrant la recherche de la vérité aux seules voies des satisfactions sensitives et des plaisirs sensuels, que nous avons déjà payé très cher nos prétentions à connaître le réel par les seules sensations, fussent-elles intenses, pleines et même dopées de sensationnel.

En déclassant trop rapidement l'intelligence au profit du sensitif, en valorisant outre mesure le jugement sensible au détriment de l'analyse intelligible, en tournant le dos à l'abstraction rationnelle pour avantager le " je ne crois que ce que je vois " (qui n'est rien d'autre qu'un prétexte fallacieux pour tenter de légitimer d'autres croyances), on paye encore plus cher le prix des conséquences de ces changements de sens vers l'illusoire et la tromperie.

Car ce n'est évidemment pas un progrès humain que de se complaire dans l'état animal en pensant que l'utilisation du système sensoriel et neuronal ne se justifie que pour obtenir la satisfaction des instincts basiques et des besoins charnels fondamentaux. Même si cet usage s'accompagne de quelques colorations esthétisantes ou artistiques plus ou moins sensibilisatrices et d'un supposé sens moral généralement subordonnés à un égoïsme et un individualisme ridiculement revendiqués.    
Retrouvons donc un début de sens en redécouvrant précisément nos sens, au sens physiologiste de ce mot.

Oui les cinq sens nous coûtent déjà cher lorsque nous les utilisons dans leur fonctionnalité organique normale. Voir clair, bien écouter, toucher juste, goûter fin, sentir bon : cela a un prix. Ils nous coûtent évidemment encore plus cher quand ils sont affaiblis de pathologies limitant leurs spectres de perception (…) ou lorsque nous voulons les forcer, artificiellement, au delà de leurs limites intrinsèques (voir dans l'infra-rouge ou entendre des ultra-sons par exemple).   
    
Mais là où les sens coûtent le plus cher, c'est lorsqu'on s'abuse en leur prêtant une trop grande fiabilité. Car nos sens nous trompent puisqu'on peut très facilement les leurrer, justement par de nombreux dispositifs (ex : les illusions d'optique) qui doivent à l'intelligence humaine d'avoir pu les dépasser.

Dépasser les sens : voilà enfin qui a du sens ! (il n'est même pas besoin d'inventer un sixième sens qui n'est autre qu'une diversion douteuse pour bifurquer vers l'irrationnel ou la métaphysique, déviances qui ont coûté déjà tellement cher à l'humanité).  
 
Dépasser les sens, c'est essayer de décrire la nature avec un esprit et un langage qui structurent l'espace et le temps, c'est à dire avec l'appui de la science mathématique, la recherche des lois physiques, des causalités et des déterminismes, tenter de déchiffrer la complexité avec objectivité, méthode, conscience, détachement et… une grande modestie. Bref, essayer de se convaincre que la connaissance rationnelle du monde réel est indispensable à quiconque veut donner le moindre début de sens à sa propre démarche de vérité et de liberté, qu'elle soit individuelle ou collective.

Cela nous éviterait, au moins, de perdre le peu de sens qu'il nous reste dans le totalitarisme de la subjectivité ou dans l'alibi qui prévaut souvent chez les utilisateurs de la puissance magique de l'intuition, attributs évidemment réservés de préférence à ceux qui ont été touchés par la grâce. Comme, par exemple, le philosophe Bergson quand il déclare : " Nous appelons intuition la sympathie par laquelle on se transporte à l'intérieur d'un objet pour coïncider avec ce qu'il a d'unique et par conséquent d'inexprimable ".

Décidément, il y a des sens qui nous coûtent tellement cher qu'on a du mal à les exprimer. Comment pourrait-on éviter que des illuminés ne s'engouffrent dans les sens interdits ?


Sujet du 18/04/2018 : Suffit-il d'observer pour connaitre ?

Suffit-il d’observer pour connaitre ? Si l'on se donne pour objectif, pour finalité, de connaître la nature, ou tout autre phéno...