Sujet du Merc. 12/04/2017 : EN QUOI LA PEUR CONDITIONNE-T-ELLE NOS CHOIX ?




EN QUOI LA PEUR CONDITIONNE-T-ELLE NOS CHOIX ?

La peur est l'une des émotions les plus fondamentales chez l'être humain. Elle est inscrite dans les profondeurs du cerveau reptilien et fait partie intégrante de l'instinct de conservation.

Étudions par exemple, le problème de la peur chez Spinoza.
Étant admis que nous ne tendons pas vers une chose parce que nous la jugeons bonne, mais que nous la jugeons bonne parce que nous tendons vers elle, on peut dire que « chacun juge ainsi ou estime selon son affection quelle chose est bonne, quelle est mauvaise, quelle est meilleure, quelle est pire, quelle, enfin, est la meilleure ou la pire ». L'évaluation de l'intérêt ne procède donc pas de la raison et le jugement de valeur est purement affectif.
Si, en effet, chacun juge selon son affection, de la chose comme bonne ou mauvaise, cette affection « par laquelle l'homme est disposé de telle sorte qu'il ne veut pas ce qu'il veut mais veut ce qu'il ne veut pas », s'appelle la peur.
La peur n'introduit-elle pas ainsi une dimension stratégique de calcul d'intérêt qui se phénoménalise comme une anxiété ?
Dans « l'Ethique », Spinoza ne dit-il pas qu'une chose quelconque peut par accident être cause d'espoir ou de crainte ? Dans la mesure où nos évaluations sont d'abord imaginaires, la vie psychique se déroule sur fond d'interprétations et peut donner lieu à un délire d'interprétations.
La crainte de la mort est la plus terrible des passions, qui finit par nous empêcher de vivre. Épicure, dans sa lettre à Ménécée, traite aussi bien de cette question-là et prétend que la mort n'est qu'absence de sensation et que par conséquent il ne faut pas la craindre puisqu'on ne souffrira plus alors et qu'il faut donc apprécier notre vie pleinement.

Il se peut alors que le remède soit pire que le mal, dans la mesure où certains ont recours à l'espoir de l'immortalité comme durée après la mort...

La superstition résulte là d'une attitude réactive reposant sur la crainte qui est aux antipodes de la vertu. Pour un superstitieux, faire le bien ce n'est que fuir le mal, en se faisant guider par la peur...
De plus, la superstition ne procède-t-elle pas d'une pratique pédagogique ? Les superstitieux sont des « éducateurs » qui, au lieu de guider les hommes vers la raison, cultivent la crainte et le calcul propre à la peur, en stigmatisant les vices au lieu d'enseigner la vertu. De telle manière que nous commençons par craindre le mal selon le calcul d'intérêt de la peur, pour espérer parvenir à un bien, l'immortalité, qui, n'étant qu'une illusoire assurance de conservation ne fait que nous empoisonner la vie.
Pour Spinoza, c'est la connaissance qui constitue le seul remède contre la peur, car en prenant connaissance des causes qui nous déterminent nous nous libérons de la crainte engendrée par l’ignorance. C'est précisément là que la philosophie de Spinoza situe la liberté. Elle peut à certains égards être comparée à une thérapie intellectuelle contre la peur. Grâce à une telle philosophie, nous prenons le pouvoir de ne plus être soumis à la peur en apprenant que nos choix sont déterminés par la pure nécessité et la pure réalité.

La peur conditionne aussi nos choix sur le plan collectif et le résultat est en général plutôt désastreux. La venue au pouvoir d'un dictateur par exemple, comme dans le cas de l'Allemagne en 1933, est liée à la peur collective d'un peuple. Hitler a été, pour le peuple allemand, une sorte de chaman censé exorciser ses peurs les plus profondes issues d'un complexe d'infériorité par rapport à la France et à l'Angleterre. Animés par la peur, les hommes ne sont pas libres de leurs choix car être libre c'est avant tout être l'auteur de ses propres actes. La peur empêche le libre choix de ses actes et de ses pensées car la raison et la volonté sont alors annihilées.

Voici quelques citations pouvant donner lieu à des pistes de réflexion supplémentaires sur le sujet :

- « C'est parfois la peur de la mort qui pousse les hommes à la mort » - Épicure

- «  Tous nos actes visent à écarter de nous la souffrance et la peur » - Épicure

- « Nos doutes sont des traîtres et nous privent souvent de ce que nous pourrions gagner de bon parce que nous avons peur d'essayer. » - W. Shakespeare

- « On mesure l'intelligence d'un individu à la quantité d'incertitudes qu'il est capable de supporter » - E. Kant

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