sujet du Merc. 05 Juillet 2017 : Peut-on se libérer de sa culture ? (sujet Bac S)





Peut-on se libérer de sa culture ? (sujet Bac S)



Le présupposé du sujet est celui du caractère  coercitif (qui m’impose un carcan) voire aliénant ( qui me rend étranger à moi-même) de  ma propre culture. Il faudra donc mettre à jour ce présupposé et éventuellement le remettre en cause. Pourquoi ma culture constituerait-elle   une entrave à la liberté? Pourquoi faudrait-il nécessairement m’en libérer?

Première phrase d’introduction :   La culture n’ étant pas en soi ce qui fait obstacle à notre  liberté, nous  nous demanderons pour quelles raisons,  dans quels contextes, et dans quelle mesure,  il  peut être souhaitable de s'émanciper de sa propre culture.

Plan

I Il est extrêmement difficile de penser par soi-même

Que nous le voulions ou non, nous sommes largement conditionnés par notre éducation, notamment religieuse. Les convictions acquises dans la tendre enfance sont quasiment indéracinables. Et c'est pourquoi,  bien souvent, nous nous croyons libres, comme le dit Spinoza, tout simplement parce que nous ignorons les causes qui nous font agir. Ces causes sont les préjugés transmis dans votre petite enfance par nos parents,  conformément à leurs propres traditions et leurs  propres convictions. Or, pour nous en défaire, il faudrait commencer par prendre conscience de ce déterminisme.

II La philosophie nous enseigne pourtant que chacun peut s’arracher  à son propre milieu culturel

C'est précisément ce que Socrate n’ a cessé d'expliquer aux athéniens ( « Je suis le seul ici qui se soucie de justice et qu'il l’incarne  » dit-il devant son tribunal dans L'apologie de Socrate) et  c’est ce que répétera Descartes  dans son Discours de la méthode. 
« Pour ce que nous avons tous été enfants avant que d'être hommes, et qu'il nous a fallu longtemps être gouvernés par nos appétits et nos précepteurs, qui étaient souvent contraires les uns aux autres, et qui, ni les uns ni les autres, ne nous conseillaient peut être pas toujours le meilleur, il est presque impossible que nos jugements soient si purs, ni si solides qu'ils auraient été, si nous avions eu l'usage entier de notre raison des le point de notre naissance, et que nous n'eussions jamais été conduits que par elle. »
Il est difficile de surmonter les déterminismes culturels, mais ce n'est pas impossible. La preuve, certains y sont parvenus, comme Copernic et Galilée par exemple, dont on sait qu’ils  ont contredit les dogmes religieux  au nom de la vérité scientifique.


III Il est très difficile mais pas impossible de se libérer de sa culture

Il est tout à fait nécessaire de postuler que l'on peut se libérer de sa culture. Dans le cas contraire, on admettrait que l'homme n'est pas libre et qu'il ne le sera jamais,  ou plutôt que certains hommes, prisonniers de certaines cultures, ne sont pas capables de liberté. Or « renoncer à sa liberté c'est renoncer à sa dignité, à sa qualité d’homme » (Rousseau). De fait, nombreux sont les hommes de science et les philosophes qui l’ont  critiquée, bien des artistes se sont arrachés à leur culture.
 Néanmoins, on ne saurait minimiser la difficulté pour certains de s'arracher aux  préjugés et aux traditions qui sont ceux de leur milieu d’origine. Certaines cultures ne valorisent pas la liberté, la seule chance dans ce cas pour les individus est d'avoir  accès à la Culture, au sens d’une culture universelle accessible à tous par le biais de la poésie, de la littérature, de la science, de l’art et bien sûr de  la philosophie. L'école a pour vocation de fournir à tous l'accès à cette culture universelle seule  en mesure de leur permettre de tourner le dos à leur propre culture familiale.

Conclusion

S'arracher à sa propre culture n'est pas une fin en soi. Néanmoins celui qui veut penser par lui -même, ce qui est une  définition de la liberté, ne saurait se satisfaire d'un enfermement dans sa culture d'origine. L'histoire des idées,  des sciences,  de l’art, et enfin la philosophie sont là pour témoigner du fait qu'il est possible de tourner le dos à sa propre culture.

Laurence Hansen

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