Sujet du Mercredi 13 Septembre 2017 : Parlez moi de métaphysique.

PARLEZ-MOI DE MÉTAPHYSIQUE.



La métaphysique est la partie de la philosophie qui recherche les fondements premiers, comprenant en particulier l'ontologie*. Etymologiquement, le mot se compose de phusikê, la « nature » et son étude, la « physique » ; et d'une préposition grecque meta l'usage, donnant le sens de « par delà la physique » sous lequel on reconnaît désormais la métaphysique.

Par métaphysique on entend l'étude des questions dites fondamentales telle la question concernant l'immortalité de l'âme, l'existence de Dieu, les raisons de l'existence du Mal ou le sens de la vie.

Mais plus spécifiquement par métaphysique on entend aussi l'étude de l'"être en tant qu'être" pour reprendre la célèbre formule d'Aristote c'est-à-dire de l'étude de la « substance ». Cette discipline s'appelle l' ontologie.


Et si nous voulons avoir une illustration de cette posture écoutons le poète romantique allemand Novalis (1772-1801), qui déclare  dans « Philosophie et physique »        

« 
De la même manière que nous transformons en paroles les mouvements de l’organe de la pensée, que nous les exprimons par des gestes, que nous les imprimons en nos actes, de la même manière que nous nous mouvons et que nous nous arrêtons à volonté, que nous unissons et séparons nos mouvements ; de la même manière il faut que nous apprenions aussi à arrêter, à réunir et à séparer les organes intérieurs de notre corps. Tout notre corps peut absolument être mis en mouvement par l’esprit. Les effets de la crainte, de la terreur, de la tristesse, de l’envie, de la colère, de la honte, de la joie, de la fantaisie, etc., sont des indications suffisantes. En outre, on a suffisamment d’exemples d’hommes qui ont acquis un pouvoir arbitraire sur certaines parties de leur corps habituellement soustraites à la volonté.
Alors, tout homme sera son propre médecin, et pourra acquérir le sentiment exact de son corps, alors l’homme, pour la première fois, vraiment indépendant de la nature, sera peut-être en état de faire renaître un membre perdu, de se tuer par sa simple volonté, et d’obtenir ainsi des éclaircissements authentiques sur les corps, les âmes, l’univers, la vie, la mort et le monde des esprits. Alors, il dépendra probablement de lui d’animer la matière, il obligera ses sens à produire la forme qu’il désire, pour pouvoir vivre véritablement dans son monde. Alors, il aura la faculté de se séparer de son corps quand il lui plaira ; il verra, entendra, sentira ce qu’il veut, comme il veut, et sous quelque rapport qu’il le désire…. La foi est déjà le pouvoir de produire, à volonté, des sensations en nous. Nous pouvons et nous devons augmenter et cultiver indéfiniment ce pouvoir et cette aptitude. »

 
Pratiquement à la même époque, en Allemagne encore et bien qu’appartenant à ce grand courant des philosophes métaphysiciens, Kant commence à saisir un tournant de la pensée, de la réflexion philosophique : 

»Le perfectionnement de la philosophie à notre époque vient de ce qu’une étude plus approfondie de la nature a fait son apparition et qu’on a associé les mathématiques à la science de la nature. L’organisation de la pensée qui en est résultée s’est étendue aussi aux autres parties de la philosophie. Le plus grand naturaliste a été Bacon de Verulam qui a attiré l’attention des hommes sur les observations et les expérimentations. Descartes aussi a largement contribué à donner de la clarté à la pensée. Il est difficile de déterminer d’où vient le perfectionnement de la pensée spéculative. Leibniz et Locke comptent parmi ceux qui l’ont perfectionnée. 

Le dogmatisme philosophique qui était caractéristique de Leibniz et de Wolff est très défectueux et il est tellement fauteur d’illusion qu’il est nécessaire d’en finir avec cette méthode. En revanche, l’autre méthode que l’on pourrait suivre serait la Critique ou la méthode qui soumet la raison à l’examen et au jugement. Locke a analysé l’entendement humain et montré quelles facultés correspondent à telle ou telle connaissance, mais il n’a pas achevé l’ouvrage. Sa méthode était dogmatique et il a rendu le service de nous faire entreprendre de mieux étudier l’âme. À l’heure actuelle, la philosophie de la nature (dont la marche suit le fil conducteur de la nature) est à son apogée. Dans la morale, nous ne sommes pas allés plus loin que les Anciens. En ce qui concerne la métaphysique, on a l’impression que nous restons interdits devant la recherche de la vérité; et l’on assiste à une sorte d’indifférentisme qui se fait une gloire de parler avec mépris des abstractions philosophiques, bien que la métaphysique soit la philosophie au sens propre. 

Notre temps est celui de la Critique et il faut voir ce qui sortira de ces recherches critiques. On ne peut réellement citer le nom d’une philosophie moderne parce que tout va pour ainsi dire à vau-l’eau : ce que l’un construit l’autre le démolit. » Kant Leçons de Métaphysique 1775-1780.

  Notre temps - dit Kant est d’une part celui
· dans lequel une étude plus approfondie de la nature a fait son apparition et qu’on a associé les mathématiques à la science de la nature. L’organisation de la pensée qui en est résulté s’est étendue aussi aux autres parties de la philosophie.
Et sera :
· celui de la Critique et il faut voir ce qui sortira de ces recherches critiques ». 

Double analyse qui intègre toutes les immenses avancées de la science de son époque et les conséquences qu’elles vont avoir dès lors sur la conception même de la philosophie au monde. Mais si Kant va en rester à sa quête d’absolu, de « raison pure » d’autres, continuant en cela l’œuvre des philosophes antiques, vont résolument reprendre le chemin du matérialisme.

 Pour ces philosophes,  l'utilisation de la matière et du réel sont les bases fondamentales pour expliquer les phénomènes, philosopher et produire le savoir.
Pour les matérialistes, il n'y a que de la matière et le fonctionnement du monde ne peut être compris qu'en partant de ce qui est observable ou le sera. C'est donc le principe fondamental du développement des connaissances en sciences (au sens large) que l'on retrouve au cœur du matérialisme. En cela, l'opposition est radicale avec Parménide, Platon, les stoïciens, puis les pères de l'Église chrétienne, et enfin l'idéalisme allemand, avec Kant et Hegel, pour lesquels le monde véritable et parfait existe en dehors de toute matière et de toute réalité observable.


QUAND LE MATÉRIALISME PRIMITIF RETOMBE DANS LA MÉTAPHYSIQUE—Les évolutions de Newton à Einstein.

Compte tenu du fond chrétien dans la pensée occidentale, on a longtemps considéré comme évidentes l'unicité et l'universalité de la description scientifique d'un phénomène (le mouvement scientiste à la fin du XIXe siècle sera par bien des égards l'apogée de cette pensée fausse). Heureusement, les révolutions scientifiques du début du XXe siècle ont apporté la notion de domaine de validité d'une théorie scientifique qui explique qu'une théorie scientifique n'est valide que dans certaines conditions qui indiquent dans quels cas il est possible d'utiliser telle ou telle théorie. Sorti de ces conditions d'utilisation, les résultats d'une théorie n'ont aucun rapport avec le réel puisque la théorie est employée n'importe comment. On n'aura pas idée de faire la cuisine avec une perceuse, c'est la même chose en science : un outil scientifique (une théorie est un outil scientifique) doit être utilisée dans son cadre d'application. Par exemple :

On a longtemps cru à l'universalité de la mécanique de Newton (Newton l'a « modestement » baptisé : "Loi Universelle de la Gravitation"), mais les résultats ont mis en évidence qu'elle n'est valide qu'a de faibles vitesses et pour des masses peu importantes. C'est à dire que sous ces conditions, les prédictions qu'elle permet d'obtenir sont en bon accord avec les résultats des observations (on peut l'utiliser pour des voitures, des chutes de corps sur Terre, etc.). Mais à de grandes vitesses et pour des masses très importantes, les résultats et les observations commencent à être différents (on le constate lorsque l'on étudie le mouvement des planètes dans le système solaire). Lorsque l'on étudie des phénomènes avec des masses énormes (étoile à neutron par exemple) ou des vitesses supérieures à 1/10e de la vitesse de la lumière, les prédictions données par la théorie de Newton n'ont alors plus rien a voir avec les résultats des observations : on est sorti du domaine de validité de la mécanique de Newton.
Certains modèles de turbulence en thermohydraulique sont des théories valables dans certaines conditions (sur les fluides considérés, les températures, les pressions, etc.).
La lumière peut être décrite par une théorie ondulatoire mais aussi par une théorie corpusculaire. Les deux sont valides et l'emploi de l'une ou l'autre des deux théories va dépendre des phénomènes étudiés, donc du domaine de validité qu'il faut considérer. 

La règle est simple : Si on ne respecte pas le domaine de validité d'une théorie scientifique, on peut lui faire dire n'importe quoi. Attitude caractéristique de la métaphysique -Typiquement, l'apparition de la statistique en physique moderne avec la mécanique quantique pour décrire le comportement atomique et sub-atomique de la matière a permis à nombre de personnes ignorantes de dire que le "hasard" revenait dans la vie de tous les jours. Sauf qu'il ne s'agit pas de "hasard" puisque la mécanique quantique calcule très précisément des probabilités d'interaction (et que la validité de ces résultats est très bien vérifiée) et que cette théorie scientifique ne fonctionne qu'à l'échelle microscopique (atomique et sub-atomique), et qu'elle est complètement inutilisable à l'échelle macroscopique (autrement dit : à notre échelle).

A ce point de notre philopiste le lecteur, la lectrice, pourrait se demander où est la philosophie. Peu habitué(e) à l’intrusion de la science dans cette image classique de la philo « pure » spéculation intellectuelle. 
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Que dire ? Que nous vivons dans un monde inversé. Que nous avons été formé à une forme de pensée qui aime à croire qu’elle est détachée d’un corps, d’une société, d’une époque ( voir Novalis ). La gît la métaphysique, et nous vous demandons simplement ce soir ( et plus si affinités…) de vous laisser porter vers la suite. Car la métaphysique ne recule jamais. Elle est protéiforme, souple et en ce début de siècle elle tente à nouveau de pointer son museau….
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La philosophie n’a jais été un exercice univoque de la pensée. La métaphysique joue sur cette équivoque :

« 
À quoi sert enfin cette philosophie de maintenant qui s’enseigne dans des universités, des écoles et des livres. Ses auteurs disent qu’elle ne sert à rien et quelle ne sert personne, ni aucun intérêt temporel, mais seulement le Vrai, l’Humanité et l’Esprit. Ils pensent que, semblable à la poésie, elle ne saurait être utile, au sens bas des politiques, des gens du commun, des gens qui doivent, après tout, faire passer leur vie avant la pensée pure. 

Cette illusion fut trop longtemps inséparable de l’exercice de la pensée pour qu’ils ne la nourrissent point encore avec une certaine sincérité. Mais il n’y a aucune raison de croire que la philosophie échappe aujourd’hui aux caractères qui furent toujours les siens, quelle a réellement cessé depuis l’avènement de la Trinité démocratique de prendre des partis.

On rencontre beaucoup de gens qui la détestent, mais disent qu’elle est morte, qu’on peut l’oublier sans arrière-pensée, quelle ne secourt sans doute personne, mais ne ferait pas de mal à une mouche, quelle est en effet si parfaitement pure et écartée de la vie qu’elle ne menace rien, quelle ne combat rien, que les hommes peuvent dormir tranquilles et ne point la craindre. Il est vrai, de nouveau, que les gardes mobiles, le Comité des Forges, les planteurs de caoutchouc sont plus menaçants pour le destin des hommes que les discussions des congrès …

Mais il ne faut plus prendre des désirs pour des faits, des vœux pour leur satisfaction. Il ne faut pas être désarmé par cette indulgence, par cette fausse délivrance.

Cette philosophie n’est pas morte, mais doit être tuée. Elle n’a de la mort que les apparences inoffensives, elle n’est pas encore un cadavre en décomposition. Ces mises à mort ont toujours eu lieu dans l’histoire de la philosophie, comme dans celle de la politique et de l’économie. 

Une philosophie ne finit pas plus de son propre mouvement qu’un régime ne meurt sans ennemis. Une nouvelle philosophie ne triomphe pas avant que la philosophie précédente n’ait été détruite. 

Il faut travailler à sa dissolution. Ainsi Emmanuel Kant proclamait avec l’ardeur de l’antique révolution bourgeoise : « Pour que la vraie philosophie renaisse, il faut que l’ancienne disparaisse. [...] La putréfaction est la dissolution la plus entière qui précède toujours les débuts d’une nouvelle production. »
Cette putréfaction ne se fera pas toute seule. »   

P. Nizan  Les chiens de garde    1932



PARLONS DES « MODERNES » :

Un débat fait rage actuellement aux États-Unis. Il s’agit de savoir si les soins infirmiers « parallèles et alternatifs », tels le toucher thérapeutique, les guérisons par la prière ou autres incantations pseudo chamaniques ont, ou non, de solides références scientifiques.

Les promoteurs de ces nouvelles méthodes dénoncent en effet les fondements de la médecine occidentale basée sur les préceptes philosophiques de DESCARTES qui postulait que l’âme et le corps sont séparés (ce qui était déjà une physique… métaphysique), et sur les principes de la physique classique de NEWTON (par ailleurs féru d’ésotérisme et passionné d’alchimie), selon lesquels l’univers est comparable à une grande horloge mécanique. De ce point de vue, le corps humain n’est qu’une série de pièces détachées, les animaux des machines, et la médecine classique ne peut donc qu’être mécaniste, déterministe, causale, réduisant les personnes à des patients, les patients à des corps, les corps à des organes, puis à des cellules, à des substances physico-chimiques.
Prétendant au contraire s’appuyer sur les découvertes les plus récentes de la physique, les théoriciens de ces «  thérapies holistes » invoquent volontiers l’autorité d’un certain nombre de concepts issus de la science moderne, en particulier ceux de la microphysique (qui est en réalité la physique des domaines submicroscopiques et non une physique au rabais).
Tout est bon, aux sorciers modernes, pour faire croire à la légitimité de leurs pratiques farfelues et à l’interprétation des concepts qui les soutendent. Paradoxalement :

- Soit ils dénigrent purement et simplement toute implication scientifique, car pratiquer la science dénuée d’âme est donc un impardonnable pêché,

- Soit ils encensent cette même science, tout en la ravalant d’ailleurs au rang « d’un discours comme les autres » et qui n’aurait donc pas plus de valeur de vérité qu’autres mythes et sources de « savoirs » plus ou moins empiriques et subjectifs.
 
Ce qui est curieux, dans ces discours « post-modernes » d’après la déconstruction, c’est que les jargons utilisés ne veulent jamais s’assumer et s’avouer spécifiques, non scientifiques, mais cherchent au contraire en permanence à prendre en considération la science et son langage comme pour en faire un alibi, une alliée indispensable. Bref on veut pouvoir être, à la fois, pour et contre la science, sans doute pour pouvoir plus facilement onduler, relativiser, fluctuer dans l’air du temps.
C’est ainsi que de nombreuses formulations de la physique la plus authentique sont tordues, récupérées, détournées, avec d’autant plus d’aplomb qu’elles sont la plupart du temps largement incomprises de leurs utilisateurs. 

Par exemple, comment a-t’on pu à ce point déformer la célèbre formule d’EINSTEIN, E=MC2, en laissant croire que, puisque la matière et l’énergie sont interchangeables on peut,  « scientifiquement », envisager que lorsque le corps (matériel) disparaît après la mort, il puisse devenir énergie. Et donc que, d’après la relation d’équivalence augmentée du principe de conservation de cette énergie, éventuellement en faisant un détour vers la « force vitale », l’immortalité de l’âme deviendrait une vérité…scientifique. A ce sujet, une auteure qui jongle à l’envi avec les énergies « positives et/ou négatives », ajoute d’ailleurs au sujet de l’âme qu’il s’agit « d’une substance puisée dans une entité spirituelle et reliée à un être supérieur ou à une source d’énergie infinie ». (FONTAINE, Karen Lee. 2000. Healing Practices: Alternative Therapies for nursing. Upper Saddle River, NJ: Prentice Hall).

Parmi de nombreuses autres « Impostures Scientifiques » (ces deux termes renvoient au valeureux travail de SOKAL et BRICMONT) qui alimentent le fond de commerce d’autres charlatans, le procédé de la métaphore a pu montrer toute sa nuisance et devrait donc nous alerter sur ses limites.
Par exemple, combien d’incrédules ont-ils avalé, séance tenante, que la fameuse contraction du temps (LORENTZ- EINSTEIN) qui n’est pourtant sensible qu’aux très grandes vitesses, proches de celle de la lumière, serait applicable à des humains en voyage cosmique, comme l’illustre le fameux paradoxe des jumeaux de LANGEVIN. Juste un pas à franchir et l’on se rapproche de dieu, en rajeunissant de surcroît, surtout si l’on va très, très vite ! En quelque sorte la science vous démontre que l’on peut immortaliser son âme et rajeunir en même temps ! Séduisant, non ?

L’amusante bizarrerie du chat de SCHRODINGER est encore plus fumeuse.
Présentée comme une illustration de la non application du principe aristotélicien du tiers exclu, puisque la physique moderne rompt avec les paradigmes fondés sur la logique formelle, le chat de SCHRODINGER serait un nouvel animal qui serait tellement…félin, qu’il pourrait tout à la fois être mort et vivant ou ni mort ET ni vivant en même temps. Malheureusement cette passionnante justification de l’existence d’univers parallèles, ne résiste pas à une analyse relativement accessible du problème posé par l’hypothèse des états superposables pour des particules élémentaires. On pourrait lire une (bonne) vulgarisation de cette question in OLIVIER ESSLINGER 2003-2006 (chat-SCHRODINGER)  (www.astronomes.com/c7_bigbang/p 754_chat.html).

Mais au-delà des métaphores détournées ou mal comprises, des faiblesses d’une certaine vulgarisation, il faut évidemment dénoncer la complicité des « intellectuels ». Et surtout ceux qui se gargarisent de formules, plus généralement de concepts scientifiques, sans les avoir au fond compris, mais uniquement parce que leur musique est typiquement « post moderne » et leur langage décalé. On ne peut, en effet, qu’être séduit par ces nouvelles particules qui véhiculeraient du…  « charme » et de l’ « étrangeté », sans oublier de venir voir, au laboratoire des hautes énergies, des atomes qui font du « strip » tout simplement parce qu’ils sont complètement ionisés !

Nous renverrons au dossier BRICMONT et SOKAL (1997) le procès imparable des « impostures scientifiques », sans oublier d’y mentionner la pitoyable défense des institutionnels démasqués (DELEUZE, DERRIDA, GUATTARI, IRIGARAY, LACAN, LESTOUR, LYOTARD, SERRES, VIRILIO…) (On peut consulter un bon article sur cette affaire in : Marc RAGON, « L’affaire Sokal, blague à part », Libération, 6 octobre 1998, p 31).

Inspirés par la connaissance de ce dossier, indiquons tout de même quelques unes de ces tromperies.

Par exemple, l’utilisation folklorique du concept d’entropie-néguentropie, agrémenté d’une interprétation fallacieuse du postulat de « non localité » de la particule quantique, qui ferait accréditer la thèse selon laquelle l’esprit est capable de télépathie, de prophétie et donc capable de guérison à distance par telle ou telle prière cabalistique ou correspondance platonico-platonicienne. Puiser sans la moindre vergogne dans les filons d’or de la production scientifique authentique, c’était facile , bien plus en tous cas que de s’astreindre aux efforts et à user véritablement d’esprit critique. Non seulement c’est facile, mais en plus ce n’est pas cher. Il s’agit en effet souvent d’argent public. Et puisque c’est facile et c’est pas cher, çà peut donc rapporter gros et même très gros.

Nous n’alignerons pas, ici, les chiffres exorbitants du marché mondialisé de l’irrationnel, mais nous resterons encore sceptiques sur les motivations profondes de ceux qui s’y adonnent, au-delà bien sûr du simple attrait du profit. Si l’on comprend assez bien le rôle des marchands de rêves et l’illumination plus ou moins onéreuse qu’ils suscitent chez certains béotiens, on ne comprend pas toujours très bien la compromission objectivement ou effectivement complice dont se rendent coupables certains véritables scientifiques .

A moins que le carriérisme, le goût immodéré du politiquementcorrectisme, ou l’on ne sait quelle menace totalisante bigbrothérienne, n’inhibe les derniers esprits libres de la communauté des savants, comme elle a, déjà, quasiment étouffé la plupart des autres.

Les budgets de recherche sont publics et privés. Sans parler de leurs répartitions ou de leurs objectifs éventuellement différentiels, on finira par cette constatation : Désormais, il est plus facile de trouver de l’argent pour aller sur Mars que d’avoir la moindre chance d’essayer de financer le développement d’ un véritable traitement de certaines maladies frappant les exclus du tiers monde.

Et pour quelle raison, savez-vous ?

Pour la raison que çà rapporte très gros d’aller voir comment çà aurait pu être, jadis, la vie sur Mars et donc faire croire que des martiens d’abord, des hommes verts ensuite, et les clones d’ET enfin, ne demandent qu’à nous accueillir dans leurs paradis ouatés, puisqu’on nous dit étouffer sur la planète bleue…de coups. 

(Nota : Ce philopiste est une co-réalisation )











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