Sujet du 10/01/2018 : La Révolution d’Octobre est-elle dialectique ?



La Révolution d’Octobre est-elle dialectique ?

Un saut dans l’incertitude 
            Il y a cent ans les bolcheviks ont conquis le  pouvoir politique en Russie. En 1917 contre leurs attentes ils restèrent seuls avec leur Révolution sur le continent européen. En 1917 l'empire du tsar s'était effondré. Le point de départ de cet effondrement furent les grèves de masse déclenchées pour plus de pain.  Malgré toutes les répressions antérieures les différents noyaux des partis furent surpris par l'intensité des manifestations le deuxième jour de ces révoltes plus de de 3 200 000 ouvriers participèrent aux grèves dont une étonnante majorité étaient des femmes. En février s'ajoutèrent aux grèves pour  un meilleur ravitaillement des exigences pour terminer la guerre ainsi que pour l'abdication du tsar. Les grèves locaux aboutissaient à une révolte  En vain l'autorité essayait de faire mater les grèves  par des Soldats d’élite
dépêchés à cet effet à la capitale mais ceux-ci refusaient de tirer sur des femmes : ce n’était donc plus  seulement une révolte      qui venait à bout du gouvernement des Romanov eux à qui  même l'armée refusait l'obéissance. 

Mais on ne pouvait pas encore parler de révolution bolchevique  Dans un premier temps La révolte n'avait fait que libérer le pays  de l'aristocratie tsariste  ce qui ne résoudra pas la question du futur gouvernement du vaste pays.

Les Buts des soviets étant très diversifiés par rapport à tout ce qui allait au-delà du désir de paix et de l'abolition du tsarisme. La proposition de constitution des soviets changea à plusieurs reprises au cours de l'année. En ce qui concerne l'organisation, la révolution d'Octobre avait  été préparé par les soviets de Petrograd, tandis que l'exécutif central a été dominée jusqu’à  après la révolution par les mencheviks donc par  l'aile modéré. Le renforcement ultérieur des bolcheviks à partir de l'été n'a pu être prévu par personne au printemps. Le gouvernement Provisoire (le gouvernement social-démocrate démocrate de Kerenski) ne souhaitait rien d'autre que la fin de l'autocratie. Cela le satisfaisait comme changement. Il considérait comme sa seule tâche de continuer les affaires de la Russie  capitaliste en guerre. La forme d'état et la constitution devaient être décidée par une future constituante   le gouvernement provisoire avait été  par rapport aux soviets  un désavantage: car on y réclamait d'investir la succession légale de l'empire tsariste et on se voyait donc obligé de continuer la guerre désastreuse pour la Russie aux côtés des Alliés ainsi que de payer les énormes dettes de guerre  ce-faisant  ils étaient de plus obliges de défendre les biens des petits et grands capitalistes et  également ceux des grands propriétaires que  la paysannerie largement majoritaire considéraient comme ses adversaires. C'était Là un grand avantage pour l'opposition radicale largement majoritaire.
            
               Changement de stratégie: Comme leurs adversaires les mencheviks  plus ou moins social-démocrates, les bolcheviks furent tout autant surpris par les événements La plupart de ses dirigeants étaient en exil ou en prison et devaient donc rentrer de loin en Russie, Trotski des USA, Lénine  de la suisse à travers l'Allemagne avec le consentement de celle-ci. Il était donc incertain de savoir qui allait désormais gouverner le vaste pays. À gauche les ouvriers et les soldats étaient représentés en grande partie par les soviets, quant à la Russie bourgeoise, elle  commençait à se raviser avec un retard étonnant. Ce qui fut évident seulement lorsque l'ordre d'en haut de dissoudre le parlement fut ignoré. On commença à comprendre qu'on ne pouvait plus compter sur un terrassement de la révolte. L’organisation bolchevique de Petrograd avait déconseillé une révolution et plaidé   pour éviter de verser du sang inutile, comme l'avait enseigné la sagesse politique du marxisme classique qui partait de l'idée que le capitalisme devait anticiper le socialisme pour que celui-ci puisse hériter les avantages d'un capitalisme plus développé plus que le capitalisme  réalisé jusqu'à ce moment précoce d' une industrialisation pas encore suffisamment  développée. La stratégie inattendue de Lénine consistait dans le coup de génie d'oser ignorer le schéma marxiste « classique ». Pour Lénine il était plus important de profiter de la grève contre l'autocratie qui avait perturbé tout fonctionnement  administratif sur lequel reposait le gouvernement provisoire de Kerenski. On peut donc dire que la bourgeoisie russe s'était révélée comme incapable de réaliser par sa propre force son programme historique (à la différence de la Révolution française):changer la Russie en une république après L'abolition de l'absolutisme. Le gouvernement provisoire n'était pas capable de donner au peuple ni la paix, ni du pain, ni des terres à cultiver. Dans une alliance sans une grande partie du peuple une révolution bourgeoise n'était pas possible de là l’idée courageuse de Lénine de ne pas attendre une révolution avec un programme intermédiaire  

            Dans ses Thèses d'avril Lénine expliqua le caractère objectif de la nouvelle situation : On y lit qu'on était seulement dans la  transition de la première étape de la révolution à cause d'un manque d'organisation et également d'une insuffisante conscience de classe du prolétariat dans la paysannerie pauvre c'est pour cette raison qu'on  devait suivre cette voie inattendue. Il n'était donc pas étonnant que Lénine devait par conséquence affronter dans son propre parti des reproches de volontarisme. Pourtant il n'avait fait rien d'autre que de profiter de la manque d'action de la classe bourgeoise et en même temps de s'appuyer sur la large majorité venant d'en bas.  Il fallait donc s'y appuyer immédiatement. Ensuite on verra. Les révolutionnaires français ne se sont  jamais trouvé dans une telle situation (avec une classe majoritaire en bas) La précipitation de Lénine aurait pu échouer: car les paysans retournés du front commençaient de façon précipité de s'emparer des terres qui leurs avaient été interdites pendant si longtemps. Ils agissaient sans plans en tirant vers eux tous les avantages possibles comme l'avaient fait les anciens propriétaires, ce qui causaient beaucoup de problèmes aux bolcheviques et à leur stratégie disciplinée. Ceux-ci devaient donc dans un premier temps agir contre  les intérêts primaires de  la petite paysannerie sans expérience et anarchisante souvent accusées d'alcoolisme En ce qui concernait la paix de Brest-Litovsk où  l'impérialisme allemand imposa à la Russie une Paix de soumission à l'intérieur. Quant à la faiblesse  constaté par Lénine en 1917  dans les forces de l'ancien régime,   celles-celles-ci commençaient à se rassembler militairement   
Or,  la gauche radicale n'aurait pas eu la force de réagir contre les deux adversaires de classes réunis le régime de la gauche  n'aurait pas eu la force de résister contre la réaction spontanée d'octobre et à vaincre en plus  une alliance  de la bourgeoisie avec la classe ancienne, alliance qui aurait laissé peu de chance  à la révolution d'octobre, destin que devait subir la Commune de Paris quelques années avant. Commença donc pour les bolcheviks une course contre la montre en automne 1917. La révolution en dernière minute. Avec socialisation totale et immédiate des banques et des propriétés privées Suivie par une guerre civile sanglante que les bolcheviks n'avaient point cherchée, mais les forces de l'ancien régime ne voulaient pas accepter  la nouvelle situation. L'avenir postérieur malheureux de l'union Soviétique était  aussi une conséquence du fait que la deuxième révolution nécessaire pour que la première puisse  être  fixée et bien établie  (comme cela avait été possible avec la révolution bourgeoise française) n’a   pu être réalisé et établie totalement. Trotski a décrit comme suit la spécificité de de cette révolution : « Si le problème agraire, hérité de l'ancienne histoire russe avait été résolu par la bourgeoisie auparavant, le prolétariat russe n'aurait malgré tout pas pu faire la révolution en 1917. Pour réaliser l'état Soviétique deux facteurs et leurs influences mutuelles étaient nécessaires : d'une part un mouvement des paysans d'en bas, inévitable pour l'aube d'un développement bourgeois et une révolte prolétarienne, c'est- à - dire un mouvement qui signifie la fin de la société bourgeoise"  Il nous est difficile de nous  représenter ce qui aurait pu arriver sous d'autres conditions que celles qui existaient à ce moment-là. Kerenski s’enfuyait après l'occupation Du Palais d'hiver  abandonnant ainsi la cause de sa classe. Donc Lénine et sa révolution ne peuvent être comprises que si on les place dans ce contexte unique qui ne se répéterait de la même  façon. Rosa Luxemburg a écrit en 1918. « Ce n'est pas le manque de maturité de la Russie mais plutôt le manque de maturité du prolétariat allemand pour remplir sa tâche historique », ce qui a forcé l'union soviétique de commettre trop rapidement sans aucun détour ,  sans l'aide d'une révolution mondiale des pays plus industrialisés qui étaient occupés exclusivement pendant ce moment de conquérir le pouvoir  colonial et mondial au lieu de s'occuper de l'avènement d'une classe inférieure et nouvelle  et seul  capable de garantir l'avenir de l'humanité. Peter Hacks  et  Erich Lukacs: « Une révolution est bienvenue partout où elle a pu remplir au moment adéquat ses devoirs historiques nécessaires auparavant : une révolution bourgeoise avant une autre prolétaire  donc une révolution précoce aboutira inévitablement  tôt ou tard à une contre-révolution ».

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